Synthèse de la journée d'étude du 12 novembre 2014


Dans le cadre du projet Fabbrica Design porté par sa Fondation, l'Université de Corse a organisé, le 12 novembre 2014, une journée d’étude sur le design en lien avec le patrimoine, l'artisanat et les savoir-faire vernaculaires. Conçue pour la valorisation du matériau local et la mise en évidence d'un geste créatif à l'échelle de l'île, la résidence Fabbrica Design a pour objectif de poser clairement les enjeux de la création appliquée en Corse et ses réalités économiques, en faisant connaître à un public large une problématique et des acteurs qui entrent logiquement dans un projet de développement territorial. Cette journée d’étude a eu pour objectif, en suscitant une rencontre entre designers, enseignants et professionnels de la filière bois, de dresser un état des lieux des projets et possibilités de mise en œuvre du bois insulaire.

Introduction : Les acteurs institutionnels du projet

Photo Lucia Mattei
Photo Lucia Mattei
Paul-Marie Romani, Président de l'Université de Corse, a clairement exprimé son soutien au projet Fabbrica Design et montré comment il s'insérait dans une volonté générale d'ouverture de l'Université au monde économique et social.

Marie-Antoinette Maupertuis, Directrice de l'UMR 6240 LISA , en replaçant cette démarche de conception dans le champ de la recherche intellectuelle et pratique, a expliqué en quoi celle-ci est toujours une subversion, et qu'il ne peut y avoir d'invention sans une déviance par rapport aux codes établis.

Sébastien Bruneau, Président de l'Interprofession Bois Legnu Vivu , a réaffirmé sa satisfaction de travailler de concert avec l'Université, et permettre ainsi une matérialisation concrète du projet, dans une perspective de revitalisation d'une filière qui est encore en construction et doit surmonter des difficultés économiques.

Jean-Joseph Albertini, enseignant en Arts, porteur du projet Fabbrica Design, a placé cette résidence dans la perspective du slow design, dans lequel il s'agit de prendre le temps de percevoir toutes les dimensions d'une problématique, pour faire émerger des besoins, établir des contacts, créer un dialogue constructif entre les différents acteurs du projet, pour élaborer des réponses originales et pertinentes.

Vannina Bernard-Leoni, Directrice de la Fondation de l'Université de Corse, a témoigné de l'implication de la Fondation de l'Université dans ce projet créatif qui vise à engager des relations durables entre monde universitaire et tissu économique, pour dynamiser par la création notre riche patrimoine de matières premières, de savoir-faire et d’archétypes esthétiques.

Patrimoine, artisanat et savoir-faire vernaculaires, en lien avec le développement économique du territoire

Photo Vannina Bernard-Leoni
Photo Vannina Bernard-Leoni
Comment le projet de Sébastien Cordoleani a-t-il évolué et va-t-il permettre de nouer des liens entre différents acteurs de la filière professionnelle ? Comment impulser une dynamique d'appropriation du projet de design par les artisans insulaires ?

Sébastien Cordoleani, Designer, Lauréat de Fabbrica Design, a présenté la version actuelle de « Fondamental » son projet de design pour le bois corse, structuré en trois étapes : recherche, développement, diffusion. L'avancée du projet est communiquée au travers de nombreuses modélisations montrant des recherches formelles et des associations d'essences de bois. Aux cinq pistes initiales, « Le caractère de l'essence », « Les formes élémentaires », « Associer les essences », « Associer bois et autres », « Extrapoler une singularité culturelle », se sont ajoutés de nouveaux axes, mettant en jeu les aspects du bois et les déchets de scierie. De plus, une méthodologie vise le développement d'une production, accompagnée par un dispositif de financement participatif et de vente en ligne. L'élaboration d'un label devrait permettre aux artisans locaux impliqués dans le projet de s'approprier les modèles pour en proposer une interprétation. Un planning ambitieux présente les différentes étapes du programme, qui s'étend bien au-delà de la résidence. Une phase de prototypage devrait démarrer prochainement et une première exposition d'objets réalisés durant ce premier séjour en Corse est prévue à Saint-Etienne en février 2015.

Comment le design et la création en général permettent-ils de résister à la pensée unique ?

Martine Bedin, Designer, Enseignante à l’Ecole Camondo, Co fondatrice du groupe Memphis, Marraine de Fabbrica Design, a évoqué avec beaucoup de poésie visuelle et verbale son parcours et sa démarche de designer. Entrée en résistance contre la standardisation, le conformisme et l'objet imposé, pour, avec Ettore Sottsass, « transformer la somme de nos solitudes en quelque chose d'autre », elle développe depuis 35 ans un langage formel singulier, dans lequel la réflexion sur le matériau et ses limites est prépondérante. Le besoin de matérialiser un équilibre instable, celui de toute vie humaine confronté à système qui le dépasse, est à la base de son projet Città, des vases en marbre en hommage à plusieurs villes du monde. Voir le site de Martine Bedin
 

Quelles sont les formes vernaculaires repérables que l'on peut revisiter pour un travail de  création ?

Pierre-Jean Campocasso, Ethnologue, responsable du patrimoine à la Collectivité Territoriale de Corse et Jean-Charles Ciavatti, Chercheur, inventaire du patrimoine, Collectivité Territoriale de Corse, ont dévoilé un répertoire d'objets religieux et profanes corses parmi les 120 entrés dans le PCI (patrimoine Culturel Immatériel) et protégés au titre des monuments historiques. Pour chacune de ces pièces, le rôle des ressources locales dans l'adoption de certaines formes aptes à remplir des usages précis est déterminant. Le châtaignier et ses déclinaisons, ainsi que des associations d'essences, ont été très employés dans les meubles de sacristies, mais aussi dans des objets du quotidien. La collection Doazan, conservée a musée de la Corse, montre une gamme de ces objets, qui peuvent inspirer les créateurs actuels. Pour en savoir plus sur le service des Patrimoines de la CTC    

Comment des solutions spécifiques à la construction en bois peuvent-elles nourrir la réflexion sur le design d'objets ?

Olivier Gaujard, Prescripteur bois construction, Interprofession Legnu Vivu, a présenté des exemples de constructions en bois inventives et audacieuses, dont le point commun est de se présenter comme des solutions nécessaires à des problématiques données. A ce titre, architecture et design se rejoignent quand la forme vient accompagner la fonction de l'objet, pour lui conférer une valeur d'usage pertinente. Les éléments d'architecture présentés montrent comment la conscience du matériau vient irriguer la conception de la structure, dans laquelle esthétique et technique se confondent.

Quelles sont les formes et les fonctions spécifiques au territoire corse ? Comment mettre en œuvre une création originale qui s’appuierait sur le vernaculaire ?

Toni Casalonga, artisan et artiste, co-fondateur de la coopérative d'artisans Corsicada, nous a donné à voir, sentir et connaître les tenants et aboutissants d'une démarche de recherche des formes spécifiques au territoire corse. L'aventure de la Corsicada, née d'un rassemblement d'artisans et d'artistes, a été l'occasion de mettre en évidence des savoir-faire locaux, parfois oubliés, et de créer un terrain favorable à une réinvention des formes et usages des objets quotidiens. A ce titre des exemples comme a cultella pittuta, le couteau corse traditionnel, et u spurtellu, le panier destiné à la récolte des châtaignes sont particulièrement significatifs. Pour en savoir plus sur la Corsicada
 

Comment créer de nouvelles formes, qui puissent parler du territoire, tout en s'en démarquant ? Comment un design qui se veut spécifique à un territoire s'inscrit-il dans une perspective historique liée à la modernité ?

Catherine Campocasso, enseignante au département Arts de l'Université de Corse et responsable pédagogique de la filière Arts, nous a livré une lecture critique du projet du groupe Créatività, qui dans les années 80 s'était donné comme objectif de créer un design corse, moderne et ancré dans une réalité vernaculaire, par les formes, les techniques et les matériaux, à la fois centré sur l'île et à vocation internationale. Programme ambitieux et difficile, non exempt de contradictions, mais qui a eu le mérite d'avoir posé à l'époque les limites d'une création locale et ses réalités économiques.

En quoi le design et la création culturelle peuvent-ils être vecteurs de dynamique et d'attractivité économique ?

Graziella Luisi, maître de conférence associé en économie, consultante en marketing territorial, a clairement démontré en quoi la culture peut être un levier de développement économique et d'attractivité des territoires. Des exemples comme ceux de Marseille, Lyon ou Bilbao, ou Saint-Etienne, indiquent comment la culture peut fédérer des secteurs d'activité et générer des synergies économiques. Les facteurs d'attractivité sont la culture et la créativité, l'économie de la connaissance, le cadre de vie, et le développement des entreprises. Huit secteurs clefs de la création sont en jeu dans un écosystème d'excellence: architecture, patrimoine, spectacle vivant, design, arts visuels, audio-visuel, édition, métiers d'arts. Trois leviers d'accélération : les pôles culturels d'excellence,  la mise en œuvre d'une démarche collective cohérente et l'innovation. Dans ce contexte, des événements majeurs et des musées « bradflags » peuvent être des boosters de notoriété pour changer la perception du territoire.

Table ronde : être designer en Corse

Photo J.Filippi (Corse Matin)
Photo J.Filippi (Corse Matin)
Que signifie être designer en Corse ? En vit-on ? Quelles sont les difficultés liées à cette activité ?

Paul Franceschi, architecte et designer, nous a fait part de son expérience professionnelle, dans laquelle le design est vécu comme une activité annexe qui se heurte aux contraintes de l'approvisionnement en matériaux et du manque de savoir-faire des artisans locaux. Les pièces conçues ne peuvent être réalisées qu'en nombre limité. Dans le but de fédérer des énergies éparses, il est à l'origine de l'association Puesia, basée à Ajaccio, pour la promotion de la jeune création locale. Voir son site  

Cyril Maccioni, designer, a expliqué comment il tente d'associer une pratique personnelle du design, un accueil de la jeune création, avec une exigence de rentabilité. La Gallery 109   qu'il anime se concentrera sur la présentation exclusive des pièces uniques de ce jeune designer autodidacte.

Lucia Mattei, designer, a donné à voir quelques aspects de son travail de designer salariée pour l'entreprise Arts et Style. Elle crée des motifs de carreaux de céramique pour salle de bain, destinés à revitaliser la gamme. Un des enjeux de sa pratique consiste à œuvrer avec des artisans locaux, pour une production en série limitée. Voir son site  .

Michela Aragni, est étudiante en design à l'ENSAD. Dans le cadre de son grand projet, elle réalise un stage à l'Université de Corse en design de service pour réfléchir à l'implantation d'un  FabLab   à l'Université, qui doit permettre de mutualiser une unité de production d'objets matériels et numériques. Ouverte au public, cette structure qui aura pour vocation de donner accès à des machines et des savoir-faire, en lien avec les ressources locales, sera associée aux projets similaires sur le territoire, à Bastia et Ajaccio.

Les communications des différents intervenants sont disponibles via l'onglet "Téléchargements".

Une seconde journée d'étude se déroulera le 15 avril 2015, et aura pour objet un bilan partiel d'expérience sur cette première résidence. La création dans ses dimensions technique, artistique et économique sera interrogée par enseignants-chercheurs, des techniciens et interlocuteurs professionnels du résident pour la réalisation des prototypes.


Rédigé par Jean-Joseph Albertini le Vendredi 14 Novembre 2014 à 17:32 | Lu 524 fois